La belle affaire... Quelques mots de plus dans une marée de blogs et d'autres mots. Mais ce seront les miens et l'on aura du mal, sans doute, à les différencier d'un million d'autres. (Voir la couverture fascinante de Festivus festivus de Philippe Muray, où des manifestants tous semblables brandissent tous le même panneau, portant la même inscription, MOI).
Comment en suis-je arrivé là?
Par une logique machinale, ou machiniste, comme on voudra. On se souviendra du motif de ce fameux Djihâd butlérien qu'évoque Frank Herbert dans son cycle de Dune, où toutes les machines conçues à l'esprit de l'homme semblables furent détruites. Ce Djihâd est dans un lointain avenir, s'il a jamais lieu, et en attendant, j'ai été soumis à la logique machinale d'internet, comme bien d'autres.
Mon ami internautique Didier Goux intervient dans l'Agora de la Société des lecteurs de Renaud Camus, où il m'arrive d'écrire aussi, et de copier des extraits des livres de Renaud Camus. C'est une expérience intéressante d'écrire des impressions de lecteur (même implicites, dans la seule copie d'un extrait choisi dans une page) en sachant que l'auteur qu'on lit avec le plus de plaisir et de fidélité va relire à son tour les textes qu'il a écrits, mais copiés par un autre. Bref, Didier Goux a un blog, un beau blog plein d'humour, de photographies et de bons livres, où je n'ai pas résisté au plaisir d'intervenir aussi, à propos du dernier volume (Le Royaume de Sobrarbe) paru de l'auteur que nous aimons. Mais pour intervenir dans ce blog, il faut ouvrir un compte, ce qui conduit à ouvrir son propre blog.
J'ai l'habitude, depuis 2000, de copier des phrases qui m'intéressent dans les lectures que je fais. J'ai deux gros dossiers Word pleins de citations. L'entreprise n'est pas si vaine qu'il y paraît d'abord : elle est un aide-mémoire, et l'acte de copie n'est pas sans valeur par lui-même, en ce qu'il mêle le Soi du lecteur à la voix du livre, ou aux voix. Tâche modeste, qui encourt en bien des lieux le mépris des penseurs à prétentions, mais dont j'ai découvert les lettres de noblesse dans un beau Lire à Byzance de Guglielmo Cavallo, qui décrit les façons de lire et d'étudier à Constantinople. Donc, je copie, mais les dossiers Word sont d'une consultation malaisée, je n'ai jamais été capable de créer des liens entre les mots clés, et c'est un soliloque. Peut-être vais-je me déplacer sur mon blog pour y copier ce qui me passera par la tête, ou sous les yeux. Peut-être, qui sait, cela intéressera-t-il quelqu'un?